Marie Dumora a choisi le camp de Struthof en Alsace comme espace d’exploration pour son documentaire La ligne bleue. Ce travail ne se limite pas à décrire l’histoire passée, mais s’attache à montrer comment les souvenirs des personnes confrontées à la déportation s’échappent dans le présent. Tourné en pleine Vallée de la Bruche, près du village de Natzviller, le film recueille des témoignages d’êtres vivants qui ont vécu les conséquences directes de ce site historique durant la Seconde Guerre mondiale.
Le Struthof n’a pas été un camp d’extermination au sens strict, mais a servi de lieu où l’épuisement par le travail a entraîné des décès massifs. Dumora explique que son objectif n’était pas de reproduire des faits historiques précis, mais de capturer l’intimité des récits, souvent étouffés par le temps et la honte. « Ce n’est pas une chronique », affirme-t-elle. « C’est un effort pour que les souvenirs restent vivants, même si personne ne dit leur histoire entière. »
Le documentaire met en lumière des traces physiques du passé : une route construite à 800 mètres par les déportés, des marques rouges laissées dans le sol par la carrière de granit. Ces éléments symbolisent un héritage complexe où la nature et l’histoire se mêlent. « Le temps a été long pour que ces histoires soient entendues », résume Dumora. « Mais aujourd’hui, chaque année qui passe fait disparaître davantage de témoins. »
Sorti le 16 septembre, La ligne bleue invite à réfléchir sur l’importance de ne pas laisser les souvenirs s’éloigner. Pour Dumora, ce documentaire est une réponse à l’urgence de transmettre des mémoires qui, sans cela, risquent d’être oubliés dans le silence des montagnes.