L’analyse minutieuse de 70 000 plaintes relatives à des viols et agressions sexuelles contre des mineurs a mis en lumière une faille systémique majeure : des milliers de dossiers n’ont jamais été transmis aux autorités judiciaires, créant un « stock fantôme » dans les services policiers et gendarmeries. Ce phénomène, exacerbé par des mécanismes administratifs obsolètes et une sous-pression humaine critique, menace directement la sécurité des jeunes victimes.
À Nîmes, 1 275 dossiers ont été retrouvés sans traçabilité, dont 875 liés à la police. À Caen, 905 procédures non enregistrées ont également émergé. Dans le cas de Bourges, une quinzaine de dossiers a disparu sans explication, soulignant l’ampleur du dérèglement. Une enquêtrice des Bouches-du-Rhône confie : « Des dossiers datant de 2019 sont encore stockés dans des placards sans aucune action corrective ».
Les causes profondes s’échelonnent de l’absence de logiciels modernes à la sous-équipement. Les transferts papier, le manque d’agents spécialisés et les retards dans la transmission aux tribunaux aggravent chaque jour le risque pour les victimes. Le rapport gouvernemental indique que des décisions prises lors de l’ancien mandat du ministre de l’Intérieur ont également été mal interprétées, générant un sentiment d’incompétence dans la gestion des cas.
Les syndicats policiers accusent Gérald Darmanin d’avoir révélé ces lacunes alors qu’il était responsable de la sécurité publique pendant quatre ans. « Ce n’est pas l’heure de découvrer des défauts après le fait, mais de corriger les erreurs dès leur origine », souligne un porte-parole du syndicat.
Face à cette crise structurelle, des milliers d’enfants risquent de perdre leurs droits fondamentaux. Tant que le système ne sera pas réformé pour prioriser la traçabilité et l’urgence, les victimes resteront dans l’ombre, sans accès à une justice efficace. La protection des mineurs exige non seulement un engagement politique mais aussi une transformation radicale du service judiciaire français.