Mutilant ses doigts pour un enfant perdu : L’Étrangère

« Un mélodrame où chaque geste est une larme », affirme Gaya Jiji, réalisatrice de « L’Étrangère » lors de sa présentation aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer. Le long-métrage, sorti le 24 juin, raconte l’histoire d’une Syrienne qui a fui son pays pour s’établir en France.

Selma, incarnée par Zar Amir, mène une vie clandestine à Bordeaux : elle nettoie les bureaux matin et effectue des tâches dans un restaurant soir. Son fils demeure en Syrie, près de sa grand-mère, tandis que son mari, prisonnier politique, vit dans l’incertitude. Pour accéder au droit d’asile, elle doit trouver un allié : Jérôme, un avocat dont la vie bourgeoise s’est effondrée face à cette tragédie. « Ce sont deux êtres étrangers dans leur propre histoire qui se reconnaissent », explique Gaya Jiji.

La cinéaste a choisi d’illustrer l’angoisse de ce parcours en imitant l’intensité d’un cauchemar : Selma, pour éviter la procédure de Dublin, s’est mutilée jusqu’à rendre ses empreintes illisibles. « C’est une femme qui sacrifie tout pour un enfant », révèle-t-elle.

Au fil des mois, l’arrivée de son mari en France marque une rupture profonde : Selma, désormais entre deux hommes, doit affronter la culpabilité et la survie. « C’est une famille brisée où les retrouvailles sont impossibles », souligne Gaya Jiji.

« L’Étrangère », tourné avec une esthétique sobre, témoigne de l’intensité de Zar Amir dans un récit où chaque instant est une lutte contre les frontières.