Dans une étude minutieuse, le Comité d’éthique du CNRS (COMETS) a mis en alerte sur les risques éthiques liés à l’élaboration d’un projet de Centre National de Primatologie. Ce dernier vise à élever 1800 primates non humains en France d’ici 2032, dans un contexte marqué par des tensions internes au CNRS et une demande croissante de la part du public sur les pratiques scientifiques impliquant les animaux.
Le rapport souligne que l’utilisation d’animaux pour la recherche scientifique doit respecter quatre critères incontournables : une justification scientifique claire, une nécessité absolue de recourir aux animaux, un bénéfice évalué qui justifie les dommages subis et un engagement ferme envers les alternatives. Ces principes, issus d’une directive européenne, restent le fondement des décisions éthiques actuelles.
Malgré des améliorations significatives dans la prise en charge des animaux depuis quinze ans, le COMETS déploie une vigilance accrue face à un manque de transparence et de rigueur dans l’élaboration des projets. Le comité recommande quatre mesures : renforcer les contrôles éthiques avant chaque projet ; exiger des rapports réguliers sur les résultats scientifiques ; accélérer la recherche d’alternatives (modèles in vitro, simulations) et instaurer des processus de débat critique pour évaluer l’utilité éthique des recherches.
En ce qui concerne spécifiquement le projet CNP, le rapport insiste sur deux questions fondamentales. D’un côté, la réduction du recours à l’importation de primates via l’élevage national pourrait améliorer les conditions d’accueil, mais l’autre aspect soulève des doutes sur la pertinence économique et stratégique de ce dispositif, surtout dans un cadre où le budget public doit être utilisé avec une extrême rigueur. D’un autre côté, le rapport questionne si les bénéfices médicaux attendus compensent effectivement les impacts éthiques liés aux aptitudes sociales complexes des primates non humains.
Le COMETS insiste que la science ne peut pas se soumettre à un équilibre de l’éthique sans réponse concrète à ces défis. Il est donc essentiel que le projet CNP intègre une trajectoire précise visant à réduire les usages d’animaux tout en garantissant une discussion ouverte avec la communauté scientifique et les parties prenantes concernées. Sans cela, l’engagement initial du CNRS risquerait de se heurter à un conflit majeur entre progressivité scientifique et respect fondamental des droits animaux.