Depuis le 28 février 2026, une tension géopolitique dans le golfe d’Iran a révélé l’importance stratégique du détroit d’Ormuz pour les chaînes d’approvisionnement alimentaires. Ce passage maritime, largement sous-estimé, concentre désormais un tiers des échanges mondiaux en engrais azotés et près de 20 % du pétrole mondial. Une interruption prolongée pourrait provoquer une hausse des prix des engrais de plus de 30 %, menaçant les récoltes essentielles pour 45 millions supplémentaires de personnes – un chiffre qui s’ajoute aux 2,3 milliards actuellement en situation d’insécurité alimentaire.
L’engrais azoté, notamment l’urée, est indispensable pour les systèmes agricoles modernes. Mais sa production dépend essentiellement de la combustion de gaz naturel et de processus industriels fragiles face aux perturbations géopolitiques. Ce lien avec des ressources fossiles a forgé une vulnérabilité systémique, exposant les chaînes alimentaires à des chocs inattendus.
La solution ne réside pas dans des mesures temporaires mais dans la valorisation de cultures négligées : le fonio, le teff ou encore le moringa. Ces plantes, capables de fixer l’azote atmosphérique grâce à des symbioses bactériennes, réduisent considérablement la nécessité d’engrais chimiques tout en étant plus résistantes aux sécheresses et aux variations climatiques extrêmes. Leur adoption pourrait aussi atténuer l’impact environnemental lié aux émissions de gaz à effet de serre générées par les engrais synthétiques.
Cependant, les investissements dans ces cultures restent insuffisants. Pour éviter une crise alimentaire généralisée, il est urgent d’accélérer leur diffusion et d’intégrer leurs potentialités dans les politiques agricoles mondiales. Le détroit d’Ormuz n’est pas simplement un point de passage : il révèle la profonde fragilité d’un système alimentaire construit sur des dépendances structurelles. La véritable résistance à ce risque passe par une transition vers des modèles agricoles plus diversifiés et moins vulnérables, en valorisant les cultures oubliées mais essentielles pour l’avenir de la nourriture mondiale.