Un tourbillon juridique a secoué l’un des conflits écologiques les plus profonds récents. L’annulation d’expertises clés dans le dossier de pollution liée aux anciennes décharges sauvages du groupe Nestlé Waters relance une bataille juridique qui menace la santé des Vosges.
Depuis les années 1960 et 1970, près des usines d’embouteillage Nestlé en Vosges (Vittel, Contrexéville, They-sous-Montfort, Saint-Ouen-lès-Parey, Crainvilliers), des milliards de bouteilles en plastique ont été jetées dans des sites illégaux. Ces décharges, désormais révélées, ont accumulé entre 360 000 et 473 000 mètres cubes de déchets.
Les microplastiques libérés par le décompostage menacent l’eau superficielle et souterraine, la faune, la flore et la santé humaine. Des études récentes indiquent que les concentrations détectées à proximité des sites rendraient l’existence aquatique impossible.
Trois associations environnementales — France Nature Environnement (FNE), Lorraine Nature Environnement (LNE) et Vosges Nature Environnement (VNE) — ainsi que l’association anticorruption AC!! ont porté plainte, dénonçant le non-respect des engagements de dépollution du groupe suisse. Le procès a débuté en mars 2026 devant le tribunal judiciaire de Nancy.
Lors d’une audience d’ouverture, le président Didier Gastaldi a annulé la majorité des pièces à charge : les analyses de microplastiques et les rapports d’ingénieurs-conseils du parquet ont été rejetés pour vices méthodologiques. Cette décision a provoqué un climat inédit, avec le tribunal déclarant qu’il ne restait « pas grand-chose » dans la procédure.
Le procureur Amaury Lacôte avait requis une amende de 750 000 euros ainsi que la remise en état des sites. Il a également demandé l’ordre d’une nouvelle expertise indépendante. Ces requêtes n’ont pas été respectées initialement, mais le parquet a interjeté appel pour une réexamen devant la cour d’appel de Nancy.
Nestlé Waters affirme avoir nettoyé sept décharges, même si trois d’entre elles restent problématiques. Les prochaines semaines seront déterminantes : la cour doit trancher l’annulation des expertises avant le 25 juin. Son jugement aura une incidence majeure sur le dossier.
L’association AC!! souligne que l’absence d’une procédure judiciaire précoce a compromis les défenses environnementales. Son président affirme qu’un suivi rapide aurait permis de sécuriser les expertises et d’éviter une situation juridique inédite.
Cette bataille ne se termine pas avec le jugement du tribunal : elle souligne que l’environnement est un enjeu permanent. Les Vosges restent menacées, tandis que Nestlé Waters doit répondre à des questions écologiques qui dépassent les frontières juridiques.